Mac'h-houarn, la randonneuse bretonne de Joël
Joël nous a découverts en 2016, en parcourant les compte-rendus du premier Concours de Machines d'Ambert — il venait alors de recevoir sa Vagabonde n°425, signée par nos confrères de Vagabonde Cycles dans la Drôme. Quelques années et 40 000 km plus tard, il nous a recontacté depuis le Finistère pour une seconde monture dans le même esprit : une randonneuse tout acier, conçue pour avaler les kilomètres par tous temps, à la journée, depuis la maison. Nous avons conçu avec lui le Victoire n°596, à l'aise sur la route comme sur les chemins gadouilleux de la Vélodyssée.


Le cahier des charges était clair dès le départ : un vélo pour la longue distance, pas pour la vitesse. Joël fait 7 500 km par an, principalement des sorties de 100 à 150 km au départ de chez lui dans le Finistère, parfois jusqu'à 200 km à la journée. Il voulait une randonneuse dans la droite lignée de celles qui traversent la France depuis un siècle — Mac'h-houarn, le cheval de fer en breton — avec un confort suffisant pour ne pas hypothéquer le lendemain. Dans le même esprit que la randonneuse modernisée de François, nous sommes partis sur une base simple : tubes acier, mono-plateau Campagnolo, éclairage dynamo.




Le cadre du Victoire n°596 est construit par Marc dans notre atelier à Beaumont, à partir de tubes Columbus Omnicrom, l'acier au traitement thermique développé par le fabricant transalpin en partenariat avec l'Institut de Soudure. Comme sur tous nos cadres, les zones de contact avec les composants (boîtier de pédalier, pattes arrière, inserts de porte-bidons) sont en inox pour écarter toute corrosion à long terme, un parti pris précieux sur un vélo destiné à rouler sous la pluie bretonne. Le serrage de la tige de selle est directement intégré aux haubans, un détail que nous proposons couramment pour épurer la ligne. Chaque vélo Victoire porte, peints sur le tube de selle, les noms des artisans qui y ont travaillé : ici, Marc à la fabrication, Max à la peinture, Antoine à l'assemblage.




La transmission est confiée à un groupe Campagnolo Ekar GT, l'évolution du groupe gravel mono-plateau du fabricant transalpin, que nous apprécions particulièrement pour ce type de machine polyvalente — on le retrouve aussi sur le glacier de Bertrand et l'endurant de Julien. Le mono-plateau en 38 dents simplifie la mécanique et l'entretien sans pénaliser l'étagement : la cassette 13 vitesses 10-48 couvre sans difficulté la plage de développement requise, des plats du littoral aux rampes des Monts d'Arrée.




Le poste de pilotage est organisé autour de notre potence René, le modèle signature de l'atelier, dont le nom rend hommage au cadreur René Herse, plusieurs fois vainqueur des Concours de Machines d'avant-guerre. Comme sur la randonneuse légère de Fabien, elle est façonnée à partir de trois tubes Columbus Max, qui autorisent une potence haute sans entretoise pour une esthétique soignée. Le jeu de direction est un Chris King NoThreadSet anodisé Mango — la touche de couleur qui fait le lien visuel avec le moyeu arrière, choisi dans la même finition. Le cintre Salsa Cowchipper en aluminium poli, habillé d'une guidoline coton naturel, vient compléter le vocabulaire classique de cette randonneuse.




Pour emmener le nécessaire sur ses sorties à la journée, Joël dispose de porte-bagages avant et arrière que nous avons fabriqués sur-mesure en inox dans notre atelier de Beaumont, dans la même philosophie que ceux du Victoire n°566 d'André et de la randonneuse à contre-courant d'Alain. Ils reçoivent une bagagerie signée Gramm Tourpacking — fabriquée à Berlin par une petite équipe que nous apprécions — avec la Diamond Bag au guidon et une sacoche de cadre assortie. L'éclairage est alimenté par une dynamo SON intégrée au moyeu avant, qui alimente à l'arrière un feu SON discret monté sur le garde-boue, et à l'avant un phare Sinewave Beacon (le modèle Ladelux SON initialement envisagé n'était pas disponible au moment du montage — le Sinewave, déjà monté sur de nombreuses Victoire comme la randonneuse légère de Fabien, fait très bien le travail).




Max a signé la peinture du Victoire n°596 avec un bleu nuit métallisé qui joue avec la lumière bretonne, appliqué sur le cadre, la fourche, la potence et le porte-bagage arrière. Les pattes arrière sont laissées dans une teinte cuivre qui fait écho aux pièces anodisées Chris King — jeu de direction et moyeu arrière en finition Mango. Le rameau de la victoire et l'inscription numérotée sont peints sur le tube de selle, à côté des noms des trois artisans qui ont travaillé sur la monture. Côté équipement classique, une selle Gilles Berthoud en cuir naturel — fabriquée à Fleurville, comme celle de la randonneuse à contre-courant d'Alain — et des garde-boue en aluminium poli complètent l'ensemble. Les attaches des garde-boue passent par des rondelles de cuir, un détail qui figure parmi les préférés de Joël.




Joël est venu récupérer son vélo à notre atelier de Beaumont (la plaque « rue Victor Hugo » sur l'une des photos ci-dessus, c'est chez nous), puis a repris la route pour le Finistère. Sa première sortie bretonne, le 24 février 2026, a été un circuit de 115 km par le Mont Saint-Michel de Brasparts, au sommet des Monts d'Arrée. Quelques semaines plus tard, une randonnée de 167 km et 2 000 m de dénivelé à travers la Vélodyssée, entre averses drues et vent contraire à 50 km/h, achevait de confirmer la configuration, y compris sur les chemins gadouilleux qui longent la mer.
Une très belle machine. Marcel Dassault disait qu'un bel avion est toujours un bon avion : c'est sans doute vrai aussi pour les vélos. C'est l'ensemble qui fait forte impression, l'homogénéité de ce vélo — je n'arrive pas à choisir entre la potence René, les rondelles de cuir pour la fixation des garde-boue, la réalisation soignée du pontet ou celle de la fourche. Dès la première sortie, j'ai senti que la position était bonne, le cadre sain, avec un bon comportement routier : une machine sécurisante en descente, à la direction précise et au freinage efficace.









